lundi 13 juillet 2015

It Follows: enfin un bon film d'horreur !




               




              Les films d’horreur ou d’angoisse n'ont plus de secret pour moi. Peut-être parce que, pendant une enfance pas assez longue, je me suis amusé à me faire peur et à nourrir mes cauchemars de créatures étranges et tendres. Sans doute même. De cette expérience me vient un goût pour ce genre qui, malgré le mauvais regard qu’on lui porte, amène parfois à de petites perles.
                Et It Follows n’en est pas une… non. Ce n’est pas une petite perle nacrée que l’on offre comme cela.  C’est un diamant brut, superbe, dur et rêche. Psychologique, prenant aux tripes et angoissant. Pour la première fois, depuis très longtemps, j’ai frémis. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis rappeler de pourquoi ce genre de film est sublime.
Regardez derrière vous, elle vous suit….






Résumé :

               
Après un rapport sexuel d’apparence anodin, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et l'impression que quelqu’un ou quelque chose la suit. Peu à peu la menace se fait de plus en plus présente. Proche. Et si elle la touche, c’en est fini.

                 It Follows frappe fort mais en faisant preuve d’une douceur et d’un calme étrange. Le morbide avance lentement, sa menace également. Une sorte de terreur paisible qui ne nous lâche pas car toujours présente. Vraiment. La réalisation, superbe du réalisateur, tend vers cette forme et cette intention. Les mouvements de caméra sont sobres, le « it » est souvent dans le lointain et flous, le jeu de lumière et d’ombre est maitrisé. L’esthétisme intemporel, sale, réaliste. La musique qui nous plonge dans une atmosphère de stress. Et nous, avec nos yeux curieux et angoissés, on avale tout cela. Le sourire aux lèvres et le cœur prêt à chaque sursaut. Le film est tellement prenant que l’on se surprend à guetter les arrières plans, cherchant une présence qui semble inéluctable.




                                               


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Une horreur commune et réelle:

                 Par instant le film peut nous rappeler l’horreur d’un John Carpenter qui plaçait habilement ses pions et menait  le spectateur dans les méandres d’une angoisse proche de lui : celles des hommes, celles qui se cachent parmi le voisin, juste à côté de nous sans que nous puissions le savoir. Invisible. Présente. Discrète. Ce frisson qui remonte le long de votre échine, sans aucune raison: c'est ça.
                Ici, l’horreur prend place dans une banlieue américaine sobre,  style moyenne classe et isolée. Les maisons se font face, se ressemblent. Une bulle de dortoir et de famille en somme. Chaque voisin se regarde sans se voir. On surprend la vie d’un jeune homme habitant en face, sans que nous ne le connaissions. Une sensation de réalisme transpire de la pellicule. Celle que l'on dans notre propre bulle qui, elle, n'est pas fictionnelle. L’une des autres qualités du film se trouve dans la retranscription des adolescents qui sont proches de nous comme nous sommes proches d’eux. Parce qu'ils ont quelque chose que j'ai connu personnellement: cette stagnation entre deux eaux. Entre l'avenir et l'enfance. Une peur sous forme de je m'en foutisme bien calée dans un cervelet déjà usé. Bref, ces adolescents puent la réalité.






                      Jay en est le parfait exemple lorsque, baignant dans sa piscine et fixant un ciel qui n’en a rien à foutre d’elle, elle se laisse flotter à la surface, enfouissant la moitié de son visage dans l’eau. Elle attend. Se laisse vivre. L'avenir n'est rien d'autre que le jour d'après. Tout simplement. La piste de la soundtrack portant son nom est d’ailleurs très significative : elle est aérée presque joviale et côtoie des notes graves nous rappelant parfois à la dure réalité.  Elle rappelle aussi, par les accords tenus, une certaine faculté à rêver avec l’ajout d’une reverb bien sentie. Le son presque 16 bits, que j’adore, est parfait dans ce parallèle fait entre son statut d'adolescente et de jeune femme.                                       



               

Le réalisateur a également la superbe idée de placer son récit et son horreur dans une temporalité que nous ne pouvons définir. L’ambiance 80’s, la musique proche des jeux-vidéos 16bits, les voitures… tout cela marche main dans la main avec des « liseuses » modernes par exemple. Sans repère, sans confort temporel, le visionnage s’en fait d’autant plus superbe. Car, cher lecteur ou lectrice , placer un repère dans le temps nous permet de nous rassurer sur la distance de l’angoisse ou au minimum de ne pas être perdu. Sans cela, nous subissons. Et It Follows nous prend, nous domine avec joie et brio.

Le réalisme de l’horreur provient également d’un des thèmes principaux du film, qui est primordial et assez symbolique:  le sexe et la malédiction qu’il apporte. En effet Jay, désabusée par la vie où n’en attendant rien de plus, se retrouve « contaminée » et suivie par une entité maléfique avançant lentement vers elle à la suite d'une expérience sexuelle sans lendemain.  De plus en plus proche.  Infatigable. Le symbolisme est dés lors évident pour toute personne un peu concerné par le visionnage d’un film. Il s’agit bien sûr du sida. La peur du sexe que l'on nous instaure dès notre plus jeune âge. Celle de l'angoisse de la première fois, du premier baiser, de l’erreur marquant toute une vie. Sous le nom d'une maladie ou d'un petit "Steven" de trois mois à peine. Un mal du siècle qui nous suit, sans nous lâcher, jusqu'à créer des névroses chez certains. Et une fois atteint la maladie nous suit, nous prenant lentement. Se rapprochant jusqu’à nous pour prendre notre vie…
Je suis sûr qu'il a plusieurs interprétation à cette thématique et tous les symboles qu'elle porte avec elle. N'hésitez pas à me contredire.




               

Superbe de symbolisme mais surtout de réussite. Car, là, ce n’est pas qu’une simple bonne idée ou un super postulat de départ. Le réalisateur réussi totalement ce qu’il entreprend : créer de l’angoisse dans une ambiance quasi onirique.

L’onirisme:


              

Je trouve à ce film une certaine poésie. Un spleen Baudelairien coincé dans des banlieues prolétaires, dans des lycées, des rues, des parcs que nous avons déjà arpentés dans nos vies à nous. Le même ennui, le même avenir, le même flou. Oui nous, ces ados ou anciens ados cherchant à comprendre le monde. Un rêve, cauchemar, perpétuel, lent, étrange qui fait partie de nos vies.

La musique, qui est absolument remarquable et qui sort des sentiers établis par ces films d’horreur interchangeable qui pullulent au cinéma, permet cette sensation de rêve, de fatalité et de poésie sombre. Elle nous prend les tripes et le reste avec. Je l'avoue: pour moi, elle est dans le top des OST de film horrifique que j’ai entendu depuis toute ma vie en fait. Et je suis fan d’Alien … voyez. Elle rejoint le propos du film dans ce calme apparent, dans cette menace omniprésente mais discrète. Un outil mais également un acteur important du film. L’un des plus beaux exemple se trouve dans la piste : « Compagny ». La tonalité grave, les percus et soudain…. De nulle part… la dissonance, la présence....


 

Conclusion :

                Je reste amoureux de ce film malgré le recul que je me suis forcé à avoir  en attendant quelques semaines pour cette critique. Il s’agit, à mes yeux de cinéphile, d’un film porté avec maestria et réalisé avec une poésie personnelle et prenante. L’esthétisme réaliste et sale, le postulat de départ, le jeu des arrières plans, du flou. Mais surtout la thématique de l’adolescence et du sexe. De la peur que nous avons tous de cette malédiction. De cette mort qui rôde.
                Tout simplement le meilleur film d’horreur que j’ai vu depuis…. Depuis bien trop longtemps. A l'opposé des courses au gore idiot, des twists et autres tortures: une horreur intimiste et un rêve à l'écho quotidien.







jeudi 18 juin 2015

Le Héros des Rêves- Brian Lumley

     
C'est beau...



           Mnémos, je vous aime. Non, vraiment. Parce que vous faîtes des superbes éditions. Parce que les couvertures dures c’est diablement la classe, encore plus reliées. Alors lorsque je vois une de mes maisons préférées, une édition et une couverture comme cela… je fonce, je fonds, je plonge. La tête la première. Et si sur la couverture se trouve un « d’après l’œuvre de Lovecraft… », je ne réfléchis plus.
Et je n’ai pas réfléchis.

Car Lovecraft, dont je suis un fan absolu, est un auteur qui me touche et me transporte. Son univers humide où la folie frôle trop souvent les mortels, où la mort les soulagent parfois, où la connaissance et l’esprit ne peuvent concevoir ce qui se cachent sous les draps sales de la nuit… pour tout cela. Il avait une imagination folle inspirée de ses rêves étranges, il n’est donc pas étonnant de voir son univers réutilisé tant son mythe et son culte sont appréciés. Il n’est donc pas étonnant de me voir plonger…


Nota bene : J’ai l’édition intégrale des « Légendes des Contrées du Rêve ». La critique qui suit ne porte que sur le premier roman de la trilogie : Brian Lumley. Une trilogie sur les « Contrées du Rêve », une contrée inventée par Lovecraft dans diverses de ses nouvelles.

Résumé :
Malgré une existence confortable et une carrière prometteuse d'illustrateur, David Hero ne peut s'empêcher d'éprouver un étrange sentiment d'insatisfaction : chaque jour ressemble au précédent, sans histoires, prévisible, bref parfaitement ennuyeux.
Mais la nuit, tout change : il devient un autre homme, il devient enfin lui-même ! Car, chaque nuit, il se retrouve transporté vers les hautes terres du Rêve, un monde fantastique où d'intrépides aventuriers livrent bataille à des créatures des ténèbres, un monde peuplé de brigands et de sorciers, sur lequel plane l'ombre de l'abominable Cthulhu...
En dépit de sa peur, David se sent de plus en plus attiré par cet univers exaltant, prêt avec ses compagnons à relever des défis dont ils n'imaginent ni la portée, ni les périls.
Au risque de se retrouver prisonnier à jamais d'un monde où rêves et cauchemars sont l'unique réalité...


                  Déception. Voilà comment je résumerais ma lecture… quelque peu longuette. La plume de l’auteur m’a laissé un goût amer (des maladresses, des dialogues parfois inutiles qui ne sont là que pour signifier la réaction du personnage (page 41 : - C’est intéressant murmura Hero)) tant le tout sonne simple et simpliste. Le Héros se nommant Hero, l’illogisme de certaine réaction ou action… notamment sur le fait qu’Aminza (la donzelle en détresse) se fait sauver dans un chapitre puis au suivant se tape Eldin (un vieux roublard costaud et barbu) qui, pour première question, lui a demandé si elle s’était faite violer par le Sorcier. Ok. Soit. Je note pour aller dragouiller.

                  Autre déception : Les deux protagonistes ont une habilité au combat superbe. Vraiment. Et même si les scènes de combats sont très bien décrites( Soulignons aussi les décors et l’ambiance qui, pour un roman de fantasy sont certes classiques mais efficace) cela pêche comme je le soulignerais plus tard.
Le roman sonne comme un  Conan le Cimmérien (Howard, je t’aime et pardonne moi le parallélisme) dans cette volonté de récit « pulp » simple, efficace et sans prise de tête. Et ceci est fait avec réussite, presque puisque les maladresses restent et qu’il y a quelques longueurs, car nous passons tout de même un moment de lecture agréable si nous partons de ce postulat.


         La thématique du rêve, elle, est omniprésente mais bien utilisée : notamment sur l’univers de celui-ci qui ressemble à un monde ouvert de fantasy où se mêlent aventure et horreur. Mais également à travers la vie « réelle » de nos deux aventuriers. A noter que la passion pour la peinture de Hero me rappelle la nouvelle de H.P Lovecraft « Le Modèle de Pickman » que j’adore. Et, au fil du texte, nous découvrons quelques allusions/termes/mythes de notre cher écrivain…
       Mais hélas, c’est tout. Là où Lovecraft avait le talent et la créativité de rendre son humanité, ses hommes et ses mortels, faibles face à toute sa mythologie ; Lumley en fait des super-héros quasi-invincible, défouraillant à tout va du spectre annulant l’effet effrayant des créatures. Et cela va, à mes yeux, à contre-sens de l’œuvre de Lovecraft  (et ce même si dans les Contrées, les humains peuvent « blesser » les Dieux. Car peu de suspens/angoisse. Je conçois que la fantasy n’ait pas les mêmes règles et aboutissants que la nouvelle horrifique/onirique. Mais j’ai du mal à concevoir que cette œuvre partage l’univers de Lovecraft tant elle en est éloignée par son essence même.
Des thèmes communs : le rêve, les Dieux fous et étranges, le monde des Contrées du Rêve. Mais le reste ?

Je suis perdu devant ce texte tant j’en ai attendu beaucoup et tant j’aime le créateur originel. Il est donc important de souligner que si on s’éloigne du monde Lovecraft, en acceptant la simplicité et la facilité des combats, nous pouvons passer une bonne lecture. Mais je n’ai pas pu car, c’est mon tord, j’ai cru au « il rend le plus bel hommage au fondateur de la littérature horrifique contemporaine : H.P Lovecraft. » inscrit au dos du Livre. Et ce fut sans doute mon erreur.
Nous nous retrouvons donc face à un mélange de Howard(Conan)/Lovecraft. Ce qui, malgré mon amour pour ces deux auteurs, m’a laissé froid car parsemé de défaut. Tant pis.

Conclusion:

       Il reste un bien bel objet et un roman à lire lorsque j’ai envie d’hydromel et d’action. Ou juste un Pulp fantasy des 80’s.

       A lire : Conan Le Cimmérien, qui lui est un chef-d’œuvre complet. Tant que niveau écriture (efficace, rendant hommage à l’action ET au décor) qu’ambiance. J’aime et vous en ferez de même.

Note: 11 sur 20 

lundi 18 mai 2015

Mad Max: Fury Road

Mad Max : Fury Road
Ou la promenade dans l’apocalypse folle.




            Il y a des films, parfois, qui vous font languir. Longtemps. Peut être parce que vous êtes fan du superbe Mad Max 1, qui flirtait sur le revenge movie. Ou alors que vous êtes amoureux du tout aussi beau Mad Max 2 qui lui dessinait un « Wasteland » et un univers particulier. Si particulier, si original, si fou qu’il a influencé les décennies suivantes. Les esprits aussi. Fallout, Borderlands… Ou alors parce que vous avez découvert, pop corn à la main, la bande-annonce dantesque. Presque par hasard. 
            Et ce film est de celui-là. Je l’ai attendu. Et je ne suis pas déçu. 



Résumé: Ancien policier de la route, Max Rockatansky (Tom Hardy) erre désormais seul au volant de son bolide (une Ford Falcon XB 351) dans un monde dévasté où les clans de cannibales, les sectes et les gangs de motards s'affrontent dans des déserts sans fin pour l'essence et l'eau. L'un de ces clans est aux ordres de « Immortan Joe » (Hugh Keays-Byrne), un ancien militaire devenu leader tyrannique1. L'une de ses plus fidèles partisanes, l'impératrice Furiosa (Charlize Theron), le trahit et s'enfuit avec un bien d'une importance capitale pour le chef de guerre : ses « épouses », un groupe de jeunes femmes lui servant d'esclaves et de « ventres ».Immortan Joe se lance à la poursuite de Furiosa avec toute son armée motorisée à travers le désert. Max est embarqué malgré lui dans cette traque délirante, ayant été capturé et enchaîné à l'avant du véhicule de Nux (Nicholas Hoult). Il n'a pas le choix s'il veut survivre à cet enfer : il devra s'associer avec Furiosa...



Un univers intelligent :


                Georges Miller, papa des Mad Max originaux, revient à son premier amour et univers chéri. Cet univers sale, aride et désertique où la vie n’est presque plus. Ou les cicatrices d’un holocauste nucléaire sont encore fraiches. Là où le sable s’engouffre partout. Et où la santé mentale des hommes n’existe plus. Car seuls les fous, et les malchanceux survivent, ici. Pas de place pour l’humanité. Plus de place pour la paix. Retour à la nature primitive de l’homme… 



                L’un des points forts de ce film, c’est ça : ce Wasteland. C’est malsain (des personnes déformées par les radiations, des cannibales…) et bestial. Mais par-dessus tout : sublime. La photographie du film, la manière dans le réalisateur filme le désert infini, ce petit vent soulevant ce sable immortel. L’esthétique des véhicules, cohérent et réaliste, basé sur de la récupération et du « too much » sonnant comme un autel à la gloire des véhicules mécaniques… seuls rescapés de notre civilisation.  Le mot autel n’est d’ailleurs pas lâché ici par hasard. Le hasard n’existe pas. Nous retrouvons un culte religieux, où les volants servent tels des « crucifix ».


             
   Mais par delà cet esthétique, nous assistons à des sous-thèmes et des propos réflexifs prenant. Le réalisateur a même le respect, rare tant les films prennent l’auditoire pour des débiles, d’en faire des esquisses et laisser à nous, spectateurs, le soin de les continuer au gré de nos plumes et imaginations. Par exemple :

 - La réduction de l’Humanité à son rang d’animal pur et dur : Mad Max et sa muselière (quasi muet dans les trente premières minutes du film), les femmes « laitières » ; « les porteuses »… Un recul significatif et un parallèle intéressant avec les animaux et leurs conditions actuelles : une vache laitière que l’on oblige « enfanté » pour la traire…. 

- Le rôle de la femme dans une société patriarcale.

- Le rapport à la nature…

- Et bien d’autres…. 


Des personnages prenants :


                Autre point clé, et très bon point du film, se trouve être les personnages eux-mêmes. Des seconds rôles marquants (tel que le guitariste aveugle, qui fait de l’ombre à pas mal de gars) donnant du crédit à ce post-apo. Mais surtout des premiers rôles au top.


Mad Max:



               Joué par Tom Hardy, il possède la qualité de ne pas trop en faire. Et surtout, surtout, de ne pas trop être « brillant ». A comprendre, volant le regard du spectateur. Il est simple, marqué par son passé certes, mais perdu tout comme nous au centre d’un univers trop grand et sale pour lui. L’auditoire peut, donc, se retrouver en lui. Habile de la gâchette, avare en parole… mais jamais en classe. 






Immortan Joe





                    L’antagoniste de ce nouvel opus se trouve être un « gourou », un tyran possédant des réserves d’eau, dépouillant son peuple… et vivant dans la luxure la plus complète. Il est surtout le « Dieu » du culte de l’Immortan : un culte tribal, violent, ressemblant un peu aux vikings avec la notion de mort au combat et de Valhalla.
                Le costume de ce personnage est absolument prenant, ne laissant à l’acteur que l’expression de sa voix et l’intensité de son regard… et quel regard.
Charismatique. Tyrannique. Violent. 





Imperator Furiosa



              


                LE personnage de ce film. Tellement classe, prenant, charismatique, qu’elle vient frôler Ellen Ripley et concurrencer Starbuck de Battlestar Galactica dans mon top « femme badass et classe ». Charlize Theron fait un super travail dans ce rôle d’une femme décidé à tenter le tout pour le tout, quitte à défier toute la « Fury Road » qui la sépare de la « terre verte » qu’elle espère trouver.
               Un personnage de femme forte, dont le passé est seulement frôlé dans une conversation, mais qui peut se lire dans son regard où l’on devine ce qu’elle a traversé.




Conclusion : Un film qui m’a foutu une claque, un coup de poing dans les côtes tout en me laissant un sourire aux lèvres. Géant.
L’univers, l’esthétique, la photographie, mais surtout l’intelligence  derrière cette ribambelle d’action (fort bien réalisée) font de cette œuvre une pièce majeure de la post-apo. Dans le genre de film à la Starship Troopers, où l’on peut prendre du plaisir en mangeant du pop-corn devant ou bien en réfléchissants autour d’une bière avec des potes sur ses propos intéressants. 
Une réussite. Que je m’en irais voir encore.



Note: 18/20« What a lovely day »….

                

mercredi 6 mai 2015

Control, Biopic de Ian Curtis


Par Anton Corbjin, 2007

                              

                             
Ce film, réalisé en 2007 par Anton Corbjin (artiste photographe connu pour ses travaux avec Depeche Mode par exemple) est arrivé par surprise devant mes yeux marrons. Je naviguais sur mon Netflix, cherchant à occuper mon  esprit fatigué et l’empêcher de trop penser. Puis je suis tombé dessus. Et la fatigue disparue. Et les pensées et leurs flots incessants arrivèrent. Pendant deux belles heures je découvris ce poète maudit qu’est Ian Curtis, et je compris, enfin, pourquoi Joy Division m’avait toujours attiré. Voici donc le biopic de Ian Curtis, l’homme hanté à la voix qui l’était tout autant. 

Joy Division, c'était ça les enfants.






                       

Résumé :


               Le film relate la vie du jeune et énigmatique chanteur, qui fut à l'origine d'un nouveau genre musical, hors de la scène punk britannique des années 1970, et du groupe Joy Division, dont il sera la figure emblématique de 1977 à 1980. Il traite également de son mariage précoce et de sa vie extra-conjugale, mais aussi de ses crises d'épilepsie de plus en plus fréquentes, qui, selon le film, ont contribué aux circonstances qui le pousseront au suicide, la veille de la tournée du groupe aux États-Unis.




Chronique :



               L’œuvre cinématographique est principalement basée sur le « mémoire » de la veuve de Ian Curtis, Deborah, nommée « Touching from a distance. ». Si il traite, et se concentre sur la vie du chanteur et ses problèmes de triangle amoureux composée d’une femme qu’il ne comprend plus et d’une groupie comblant ses sphères artistiques (ceci n’est pas une blague scabreuse, ils s’échangeaient des vinyles). Le film à surtout l’intelligence de souligné le spleen cher au chanteur.
               La photographie, de qualité remarquons le, a le bon goût de faire dans le noir et blanc. Mais derrière ce bon goût, il y a surtout une réelle volonté de dépeindre cette époque à travers le prisme de ce spleen : les villes de provinces où les petits boulot s’enchainent, où la pluie sale tombe, où le chanteur marche la clope au bec et sac sur le dos en quête d’un toit. Superbe. Elle nous laisse une impression de beauté tout en nous rappelant le drame interne qui se joue : celui d’un homme perdu, malade et fatigué de ne pouvoir réussir à allier deux sphères différentes ( sa vie normale avec sa femme, et celle d’artiste)., se sentant ainsi déchiré comme le montre un superbe plan d’un poteau électrique usé tiré de toute part par des câbles.




       
                 Malgré ce spleen apparent, et cette amertume présente, le film ne fait pas dans le drame, dans le pathos pur. Non, et heureusement. J’en aurais été le premier dégouté. Car pleurer pour pleurer ne rime à rien, ressentir et réfléchir c’est mieux. Le film nous montre donc l’évolution d’un gamin, que nous découvrons dans la première scène marchant dans la rue avec son dernier vinyle sous le bras,  passionné par l’art. Les premières minutes nous le décrivent comme un être proche de ses sensations et sentiments, comme un ado’ fumant clope sur clope en écoutant du Bowie (en se maquillant comme lui). Il rencontre Deborah, alors la copine d’un de ses potes, et la lui vole. Puis crée « The Warsaw » qui deviendra, par la suite, Joy Division. Puis, la renommée arrive et, avec elle, les désillusions. Personne ne semble le comprendre. Personne ne semble voir à quel point il se donne sur scène et ce qui lui en coûte, toujours proche d’une prochaine et nouvelle crise d’épilepsie. Lui qui cherchait le contrôle, en sachant qu’il ne l’aurait jamais.
        Le thème du « control », finalement explicite grâce au titre faisant référence , est impressionnant de justesse tant le personnage de Ian Curtis semble maudit, tragique. Sa maladie l’affaiblit, le prend, le jette au sol, le laisse là, las. Sans rien demander. Sans prévenir. Mais le contrôle peut également faire référence a cette dualité qu’était sa vie, comme dit plus haut.



               La grosse claque du film se trouve dans la performance de l’acteur incarnant Ian Curtis : Sam Riley. Sa prestation, réaliste et sans écart ni too-much, est dans un tel mimétisme scénique de Ian Curtis, qu’il est assez difficile de les dissocier. L’acteur, également musicien, se prête, comme avec ses camarades, au jeu du live avec Brio. Renvoyant la même énergie ,le même chaos que le groupe originel et original. Mais plus que les lives, il dépeint une intelligence, un spleen et une désillusion.  A tel point que la scène finale, où Ian se suicide dans la cuisine, en devient belle. Triste, mais sublime.
Pour comparer les deux prestations scéniques, les deux représentants le live à la BBC sur la chanson « Transmission ».



      L'originale

    La prestation du film, superbe de mimétisme dans cette perte de contrôle et cette souffrance de chanter.

Note : 20/20


Une claque cinématographique qui m’a acculé dans mon coin. Du pathos, de la réflexion, des émotions et surtout un joli témoignage de la vie d’un poète maudit mort trop tôt mais dont la vie, sans contrôle, semblait ne plus pouvoir continuer.
Joy Division sonne différemment, depuis. Mais quelle sonorité…

lundi 4 mai 2015

Oap Tao



La Saga d’Oap Tao par Jean Marc-Ligny




                                                        



                La science-fiction est un terrier où se cachent de nombreuses bestioles en mal d’amour et de reconnaissance. Parmi elles, et toutes ces œuvres qui méritent votre coup d’œil, se trouve cette œuvre : « La Saga d’Oap Tao » aux éditions Actu-Sf.


Résumé: 

Oap Täo, baroudeur de l’espace, va de mission en mission avec son vaisseau spatial, transportant des cargaisons pas toujours légales, se frottant aux autorités et se mettant dans des situations périlleuses. Personnage haut en couleur, plein d’un bagout délicieux, il revient entre deux voyages se poser quelques jours dans un bar de sa connaissance, perdu au fin fond de l’espace. Là l’attendent à sa grande surprise deux étudiants qui veulent faire un mémoire sur lui. L’âge avançant, il accepte de leur raconter son histoire.

Chronique:


          Ce résumé, simple en apparence, laisse place à dés la première page à un monde vaste, cohérent et des personnages marquants. Car, ce qui marche ici, c’est bien l’univers. Il est sale, essoufflé. Triste. Réaliste. Les « décors », les planètes visités (dont la Terre qui est une prison/décharge laissée pour compte) sont décrits avec efficacité. Et sont assez diversifiés pour que l’impression de voyage nous tombe dessus. Une notion essentielle à un space opera qui se respecte. L’auteur évite cependant la peinture spleenesque d’un futur lointain. Non. Il use d’humour, de traits d’esprits… mais aussi d’intelligence.
             Le roman est, sans surprise aucune, rempli de thème et peintures réflexives. Car une œuvre, même divertissante, même populaire, sert à notre cervelle avide. Celle-ci ne nous fait pas mentir. Derrière l’aventure d’un baroudeur racontant son histoire en sirotant son alcool, se trouve le portrait sale et intéressant d’un univers. L’auteur utilise notamment ce qu’il nomme la « Fleur », une drogue extraite par (… lisez ce bouquin, vraiment…)… donnant l’un des plus beaux trips du monde : l’élévation spirituelle permettant d’accéder à la connaissance universelle. De l’effleurer du moins, du bout des doigts… avant de redescendre sur ce sol trop dur. Le corps fatigué et corrompu par la toxine. Il y a une opposition directe entre l’esprit et le corps. Une conception somme toute assez philosophique de l’humain, coincé entre la dualité de ses deux formes et deux « moi ».
    Mais d’autres thèmes se cachent entre les pages. Jean Mar Ligny a le bon goût, d’ailleurs remarquable, de nous dessiner une esquisse de réflexion et de nous en laisser la conclusion. Il parle ainsi du thème, sempiternel mais toujours superbe, des « droïdes » et notamment de leur ressemblance avec leurs créateurs tant au niveau moral qu’émotionnel.
Le dernier thème, la dernière peinture que l’auteur se plait à colorier, est celui de l’écologie. Notamment visible avec cette Terre dévastée, retournée à un temps ancien. Mais également par la planète que découvre Oap en quête de « Fleur », et de réponse, où la vie est au diapason avec sa flore. Nous renvoyant, nous autres bourreaux de la nature, dans notre coin.
    

                Le personnage d’Oap Tao, touche-à-tout ayant le don pour survivre quand d’autres meurt, est dans cette gamme également. Un réel aventurier mais ayant une petite note de tragédie appréciable. Je parle bien sûr du « tragique » au sens Grec du terme. Le héros, l’anti-héro, est bercé par les vagues de forces plus grandes que lui. Des divinités ? Une race extraterrestre mythique et intouchable en avance sur tout ? Et cette Bérénice, lui parlant dans ses songes et sa vie. Cette beauté aux yeux où il aimerait se noyer….


                La Saga d’Oap Tao est une réussite. Nous avons affaire à  un roman intelligent, divertissant et qui n’a pas peur d’aller là où il le veut. Nous l’accompagnons, d’ailleurs, sans broncher et avec un sourire non-dissimulé.


Note:  17/20
Car c'est une de mes petites claques de ma saison littéraire.

mardi 3 mars 2015

Nouvelle n°2 :

                   

Canines, paillettes et crépuscule 






                                 Mon nez aquilin cherche un air frais qu'il ne trouvera sûrement jamais. La pollution. Ces parasites croulant, écrasant le sol de leurs pieds aux dernières chaussures à la mode. Tout cela doit jouer. Ma main gauche plonge dans mon imperméable à la recherche de mon paquet de clope . J'en cale une entre mes lèvres sèches. La flamme du briquet danse ensuite devant mon visage éternellement pâle. Une inspiration. Un vertige. Ce bâton de mort me sert au moins à m’empêcher de sentir ce qui m'entoure. Ce vertige, lui, me fait presque oublié ce que je viens de voir, assis dans un siège inconfortable et encerclé par ces gens obnubilés par un écran trop grand. Le bruit des mâchoires, avides, revient à mon souvenir. Le film aussi, hélas. Une colère grandie en moi. Elle ne souhaite même plus me lâcher, tapie tranquillement entre mon spleen et mon cynisme forcé. Je ne lui en veux pas. Je crache au sol, sur ces pavés mouillés où se reflète l'enseigne trop lumineuse du cinéma de quartier. Le titre du film est là, il me fixe, me toise et se fout sans doute de moi. De ce que je suis. De cette communauté dont je fais partie. Mes lèvres s'entre déchirent dans un sourire mauvais. Mes longues canines saluent la nuit, sa fraîcheur et sa tendresse. Mes bottes, elles, me portent dans une ruelle adjacente. Sombre. Humide. Parfaite. 

- Bordel... briller au soleil ?!? je murmure pour moi et exprimer les démons qui me rongent. 

            Il s'agit sans doute du pire événement pour notre communauté depuis Bram Stoker et son Dracula. Les êtres de la nuit on toujours fascinés. Nous sommes maudits, éternels, victime de notre soif insatiable. Victime d'un temps qui emporte tout, sauf nous. La peur parsemait notre route poussiéreuse. Puis elle s'est peu à peu effacée pour ne finalement plus être. Je me suis habitué à ce fait. Nous l'avons voulu, pour survivre. Mais maintenant... que notre malédiction est tourné en ridicule dans un film pour adolescentes en mal d'amour et du reste. Je ne veux pas m'habituer. Dire que j'ai survécu à la « Grande Chasse » pour voir cela. Pourtant, je le sais, cette colère qui monte en moi et creuse dans mes entrailles n'est pas partagée par tous. Non. Certains, les jeunes aux crocs gourmands de sang sucré et presque pur, y voient une bonne nouvelle : celle de proies faciles et consentantes. Pas de débat, pas de combat. Seulement des morsures dans un cou frêle pendant que le cœur bat au rythme de désir illusoire. Quelle belle époque pour être maudit ! Chantent-ils, en chœur, lorsqu'ils ramènent les culottes trempées de leurs victimes fragiles. Un soupir, long, passe entre mes lèvres. Une migraine caresse ma cervelle maintenant. Je la sens venir. Elle, non plus, ne me lâchera pas.
            Mes pas résonnent dans la ruelle. Les murs suintent. Plus loin, derrière la maison sur ma gauche pour être précis, se trouve une odeur que j'aime tout spécialement. Je la reconnaîtrais parmi toutes. La sueur mêlée à des larmes douces, témoins de décisions déjà regrettée, un parfum un peu amer et des cheveux que je devine long. D'habitude j'aurais chassé cette femme, jouant avec l'obscurité, me cachant dans ses bras accueillants, guettant le moment propice, torturant ma faim et ma soif. Je l'aurais prise. Mordue. Avalée. Je l'aurais rejeté sur le sol sale de cette ville qui l'est tout autant. Elle n'aurait été qu'un nom dans un nouveau fait divers. Mais, cette nuit, il me faut plus. Une autre fragrance, beaucoup plus rance et forte, remonte dans mes narines. Elle appartient à deux dealers au bout de cette ligne droite. Je me presse. 

            Les deux hommes sont une caricature de ce genre de marchand de nuit. Cigarette aux lèvres, regard hagard et stressé, flingue à la ceinture. Leur rythme cardiaque s'accélère, un peu, lorsqu'ils me voient. Je savoure déjà ce qui va suivre. Mes yeux marron se posent dans l'un des deux. Il me fait un signe du menton. 

- Tu veux quoi ? 

            Bonne question. Les réponses ne manquent pas. Du repos, du sang, du whiskey de qualité, une belle brune aux yeux profonds reflétant l'abysse qu'est devenue mon âme ? Non. Pas pour l'instant. 

- Ton portable …

            Le deuxième homme ricane. Un peu trop fort à mon goût. Il me montre son arme de sa main. Ses sourcils se froncent soudainement. Il cherche à m'intimider. Sans doute. Si seulement il savait toutes les horreurs dont j'ai été le témoin pendant les âges. Les hommes ne cesseront jamais de m'amuser. 

- J'en ai tué pour moins que ça, enfoiré. 

            C'est au tour de mon rire de dominer la ruelle vide de son écho. 

- On a un point commun.

            Ils ne comprennent pas ce que je veux dire par là. Ne le comprendront jamais. Mes doigts, fins et puissants, s'enfoncent déjà dans la trachée du premier. Je peux sentir la chaleur interne de son corps. Mes doigts trouvent une prise, serrent puis tirent. Du sang, chaud, inonde la fraîcheur de la nuit. Des gargouillis, horrible, se font entendre Le deuxième prend peur, son cœur oublie même de battre. Mon sourire, lui, s'élargi. Il tente de sortir son arme. Trop lentement pour quelqu'un comme moi. Mes mains entourent sont cou. Les os craquent, un par un. Se plaignant sûrement. Je m'en fous. Il tombe au sol, risible. Je me penche et fouille ses poches. Un portable, assez classe, s'y trouve. 

- 06 00... dis-je à moi-même. 

            La tonalité d'appel sonne dans le creux de mon oreille. Dans mon esprit ne règne plus aucun chaos. Seulement des tonnes de pensées allant, pour le moment, dans le même sens. Je sais ce dont j'ai besoin, ce que je veux. On décroche. La voix me demande qui c'est puis se rassure à l'évocation de mon nom. S'amuse peut être. Il me salue, me demande comment je vais. La politesse de ce gamin me fera toujours rire. Pourtant j'ai besoin de lui. Pour une seule requête. 

- Il me faut l'adresse de l'auteur qui a écrit : « Crépuscules et paillettes ».
- Tu déconnes ? Souffle-t-il à l'autre bout du fil.
- J'ai toujours voulu un autographe.... 

            Mon sarcasme, un peu trop appuyé, marche. Je l'entends taper sur les touches de son clavier. Pendant ce temps, je marche en direction de la route. Des phares, éblouissants, arrivent sur ma gauche. La voiture me percute. Je roule sur elle. Mon épaule lâche sous le choc. Je m'affale sur le goudron, joue le mort. Une partie de moi sachant sans doute ce que c'est de l'être. Le conducteur sort de sa voiture, ses pas lourds le portent jusqu'à moi. Il jure, maudit le ciel et sa chance. Dans son haleine se trouve une fragrance de bière brune. Il se penche, ma main l'accueille. Il recule, titube. Je l'empoigne. Sa tête s’aplatit sur le capot du véhicule. Je récupère le portable, claque la portière. Une radio passant des tubes d'un autre âge joue une chanson que je connais par cœur : Heroes de Bowie. 
- Alors ? Je demande, impatient. 

-  Elle habite en périphérie de la ville. Au 21 rue Millarca. 

            Il finit à peine sa phrase que j'écrase l'accélérateur. Une envie de violence et de vengeance prend forme. La voix de Bowie, en fond, me dit que nous pouvons être des héros. Au moins pour aujourd'hui.

            La voiture s'arrête devant la maison, assez grande et heureusement isolée. Je coupe le moteur. Et également la superbe voix d'un Mercury. Je m'en voudrais presque. Ma main ferme la portière délicatement. Mes yeux sont fixés sur la bâtisse. Un étonnement me prend, cachant presque l'adrénaline qui commence à affluer dans mes veines. J'ignorais qu'un écrivain pouvait espérer plus que de manger avec sa passion. Tant pis, tant mieux. Je m'avance dans l'allée en pente. Les graviers émettent une petite plainte sous mon poids. Ce n'est rien. J'arrive à la porte. Fermée. Une frustration aurait pu naître chez moi si je n'étais pas ce que je suis. Un vampire. La fenêtre du deuxième est ouverte, ce qui est en soit normale : quel mortel irait sauté jusque là ? Réponse : aucun. Mais, heureusement pour moi, je ne suis pas mortel. 

           Mes pas caressent le parquet un peu usé de la chambre vide. Un lit, plutôt bien fait, trône au centre de la pièce. Je ne le remarque pas. Mon regard est fixé sur l'entrebâillure de la porte qui me fait face. Mon ouïe, elle, se concentre sur le son mat, fort et violent de la machine à écrire que l'on caresse. Je m'avance jusqu'à la porte. Mon œil se pose sur ce qu'il se trouve derrière. Sur elle. Sur l'auteur de ce ramassis de connerie. Elle tape, vite. L'inspiration, amenée par une muse que je ne connais pas, chuchote des choses à ses oreilles alertes. Son esprit est ailleurs. Loin. Dans le monde qu'elle crée de ses mots. Lettre par lettre. Je me glisse dans l'ouverture de la porte. Elle ne m'entend pas. Parce que je suis discret. Parce que la musique de ses doigts tapant sur cette machine la met sûrement en transe. 

            Je suis prés d'elle. Le parfum de ses cheveux longs et bouclés remonte le long de mes narines. Un soupir sort des siennes. Sa jugulaire s'offre presque à moi sur son cou long et fin. Elle ne sent pas ma présence. J'aime ce fait. J'aime ces secondes passées à épier mes proies, à tenter de les comprendre, d'imaginer leurs vies et leurs pensées. Parfois, souvent, je m'avoue que je les envie. 

- Tu as voulu jouer avec les vampires...

            Elle sursaute. Son cœur s'arrête. Mes canines, elles, profitent de la surprise pour déchirer la fine peau de son cou. Je la maintiens en enserrant ses épaules. Du sang coule dans ma bouche avide. Il est amer et possède une note de fer prononcé. Comme je l'aime. La vie s'extirpe d'elle. Mon estomac l'accueil. Je ne la vide pourtant pas. Elle a voulu effleuré notre monde, elle le connaîtra et embrassera ses défauts. Bien trop nombreux. L'auteure, inconsciente, tombe sur le sol. Mon pied s'abat sur ses côtes. Pour rien. Comme ça. Elle se réveillera maudite et avec quelques  côtes cassées.


- Des paillettes ?!? je crie.

            La siège de bureau, en cuir sentant bon le neuf, m'accueille. Devant moi s'offre une machine à écrire belle et large. Les couleurs me rappellent un peu les années soixante dix. Mes préférées. Je pose mes yeux sur la feuille et découvre ce qu'il y est écrit. C'est du même acabit que la séance dont je sors. Je prends la clope, à moitié consumée, sur le cendrier posé là. Mes lèvres enserrent le filtre. Mes doigts tapent sur les touches trop dur une blague qui ne fait rire que moi : fin ?. J'expire. Une volute s'envole.
           
 

Pierre Gardier, l'androïde rêveur.


lundi 23 février 2015

Nouvelle n°1

Vie et mort d'un soldat anonyme






            Un jet bleuté provenant d'une décharge plasmique rase notre position. Il enfonce son casque presque neuf sur ses cheveux absents. Ses lèvres, frémissantes, chuchotent des choses que je ne comprends pas. Des prières, aussi futiles qu'idiotes, doivent tenter de rassurer sa pauvre âme. Il n'a pas la vingtaine, ne l'aura jamais. Je le fixe, mes doigts fins et salis caressent la crosse de mon arme. C'est un gamin. Comme la moitié des bras ayant rejoint la « cause ». Ils sont bercés par des idées qu'ils ne comprennent pas, par des rêves d'utopies tendres. Le gamin que je dévisage n'échappe pas à la règle. Je le vois de ses yeux bleus et purs. Les idéaux ont toujours un prix. Il se note souvent en sang. Un long soupir s'échappe de mes narines. Je n'en veux pas à ce gamin. Là où nous iront il n'y aura pas de place pour cela.

         Les tirs ennemis ne s'arrêtent pas. Ils veulent notre mort comme nous voulons-la-leur. Avec la même ferveur, la même haine que personne ne peut s'expliquer. Des drapeaux différents, des couleurs un peu plus fades ou chaudes suivant le goût. Rien d'autre. Les ordres sont les mêmes, les cibles aussi. Des frères, des hommes, de la chair à canon lancée là pour le progrès, la liberté où tout autre connerie du genre. Je me concentre, cherchant le calme. Nous devons tenir la position. Un peu. Laisser du temps à un détachement pour envoyer l'information qui permettra à la « Cause » de nourrir son combat, de pointer du doigt ces bourreaux devenus ordinaires. Un soldat âgé à côté de moi se lève, la rage au ventre et aux lèvres. Il tire, vise un peu aussi. Les salves de son arme renvoient une lumière douce dans le chaos de cette pièce étroite. On tient un bout de couloir, un accès principal au reste du complexe sommaire. Je me suis habitué à cette peinture grise et triste.  Elle fait partie de nous. Des éclairs de lumière se répondent, implacables. Je m'adosse encore plus fortement au bureau que nous avons retourné en guise de bouclier. Il n'empêchera pas la mort de venir nous prendre en tapotant gentiment sur notre épaule tendue et fatiguée. Il la retardera. Tout au plus. L'homme qui tirait s'écroule maintenant à côté de moi, le visage à demi répandu sur le sol. Je plonge mon regard dans son œil, j'y vois le vide. J'y vois cet inconnu que l'on choisit sciemment d'ignorer toute notre vie. Le cadavre me fixe aussi. J'aimerais avoir une nausée comme le gamin à mes côtés.

            Mes doigts cherchent une grenade à ma hanche. Je la dégoupille, attendant les deux secondes préconisées par mon ancien instructeur bedonnant, puis la lance à l'aveugle. Nous n'avons besoin que d'une diversion pour faire cesser le feu ennemi. Il ne nous faut qu'assez d'inconscience pour défier les Dieux une dernière fois. Certains y voient du courage. Ils n'ont jamais compris ce qu'était le courage. Au fond, je ne l'ai jamais compris moi-même. L'explosion me coupe de mes réflexions, secouant mon être et mes entrailles. Je me relève, soulevant le gamin par le col. Les canons de nos armes fixent une entrée en ruine. Des soldats adverses gémissent, ridicules, sur ce qui reste du sol. Leurs camarades passent à côté d'eux sans s'en soucier. Mon doigt appuie sur la gâchette, dans une tendresse étrange. J'abats un homme que je ne connais pas. Mes pensées s'arrêtent là. Il faut gagner du temps. C'est tout. Le gamin, lui, me suit. Sa peur de la mort se transforme en dégoût pour l'autre. Nos salves répondent au leurs, les assourdissent peu à peu. Nous ne les ferons pas reculer, nous les empêcherons d'avancer. Je me rebaisse pour recharger mon arme. Ma main tâtonne la poche de mon pantalon usé et sale. Je cale le nouveau chargeur. Le gamin fait de même. Une amertume perle dans son regard. J'y vois le reflet de la mienne. Un frisson parcourt mon corps. Une boule enserre ma gorge. Je repense à la femme que j'ai aimé, au goût salé de sa sueur et de ses larmes. Je me souviens même du parfum de ses cheveux. Son sourire, ce petit rire qu'elle avait quand elle avait trop bu... Je crache sur le sol. Je sais ce qui nous attend. Une tristesse infinie me prend et ne me lâche plus. Elle se creuse un nid dans la chaleur de mes entrailles, dans la fraîcheur de mes angoisses. Nos regards se croisent une dernière fois avec le gamin. Des hommes continuent de crever à côté de nous. Nous serons les prochains. On le sait, on fait semblant de l'oublier pendant un seconde quand je lui lance un clin d'oeil. Je lui promets de payer une tournée dans cet après où l'on aura la chance d'attendre ceux que l'on aime. Il ne me croit pas. Moi non plus. On se relève, déterminés. Nos doigts agressent nos détentes. Des soldats tombent. Des deux côtés. Une décharge bleue transperce les nôtres, les ignorant. Mon torse l’accueille à contre-cœur. J'entends un hoquet sortir de ma gorge surprise. Mon souffle se coupe. Je me sens tomber en arrière, lourdement. Des larmes brouillent ma vue. Le sol me reçoit, sans tendresse ni envie. Il est juste là, comme le témoin muet de cette scène. Une douleur ronge chacun de mes nerfs. Un étrange goût de fer domine dans ma bouche. Je déglutis. Mes camarades meurent, un par un, à côté de moi. Le gamin est le dernier. Il s'écroule à mes pieds, déjà sans vie. Il a au moins cette de chance.

            Les tirs s'arrêtent. Les plaintes des blessés les remplacent. Je préférais le cri des armes. Je n'aime pas le bruit que je fais lorsque j'expire. Des bruits de pas résonnent. Un tir part. Un autre. Je reconnais le son d'une arme de poing. Je comprends ce qu'il se passe. Une autre détonation. Un blessé à côté de moi se plaint, priant la mort d'arriver. Des bottes de cuir arrivent à sa hauteur. Un canon se place sur son front brillant de sueur. Les bottes continuent leurs chemins jusqu'à moi. Mon regard croise celui de l'homme qui tend cette arme sur moi. De la haine brûle dans ses yeux marron. Une grimace déchire son visage. Je ne suis rien pour lui, comme il n'est rien pour moi. Je vois son doigt caresser la gâchette. Mes yeux se ferment, lentement. Dans mon esprit danse encore cette femme, son rire et le reste. Mon cœur se serre, triste et déçu de devoir déjà arrêter son tour de piste. J'expire longuement. Le temps se suspend. J'accepte ce qui vient, ce qui va suivre et sera. Je repense à ce que mon père déclamait : le courage, c'est oublier sa peur. Il avait tord : le vrai courage, c'est savoir comprendre sa peur et l'accepter. Le courage, c'est accepter la mort. Le cou...

Alien, review d'une oeuvre culte

Dans l'espace, personne ne vous entendra crier....



Alien de Ridley Scott est, avec Blade Runner du même réalisateur, un des films de science-fiction de prédilection à mes yeux.  Et, tout au long de cet article, je vais vous expliquer pourquoi vous avez devant vous l’un des plus beaux représentants de ce genre. Ellen Ripley, tes cheveux bouclés, ta culotte blanche et ta sueur chatouillant tes cris horrifiés. Je t’aime. Commençons



Un film d’horreur…. Certes… mais SF !



                Les films d’horreurs, souvent mal considérés par pas mal de monde à cause de leurs aspects (à la première surface) ridicules, ont bien souvent plusieurs sens de lecture. Car si ils jouent sur les peurs des spectateurs (Horreur/Peur,  vous suivez ? Vous êtes géniaux). Ils sont également des outils pour incorporer des thèmes, idées et critiques sur notre société. Romero et sa trilogie des zombies, qui est une satire de l’Amérique, en reste un des plus fameux exemples.

Mais la peur n’est pas (qu’) une affaire de gore, de course au trash et à la surabondance de torture qui ont déferlé sur nos écrans.  Ce ne sont pas des gosses qui ricanent en regardant des films comme Martyrs et en jouant à : bof, ce n’était pas dégueulasse. Non la peur, comme dans les films de Dario Argento, est avant tout une atmosphère. Une ambiance qui s’insinue dans l’esprit. Qui prend, sans relâche. Et Alien est, devant tout autre film, de ceux là.



La musique : 



Jerry Goldsmith offre à ce film une bande-son teintée de sombre, elle est dissonante et … organique. La musique semble coincée entre deux conceptions : la mélodie et l’aliénation des notes. Le chorus, la reverb, ces basses lourdes qui frappent nos oreilles et nos cœurs contrebalancés par l’aigu strident qui vient s’opposer rapide et fugace au background.


Cette première piste résume tout : cette impression de danger, ces cordes mutées et étranges, cette sensation d’essaim. Cet espace infinie supposé par les longues notes tenues. Elle introduit le film. Mais là ou Goldsmith montre tout son talent c’est dans sa volonté de faire de cette musique un élément vivant. Le thème principal du film se répète, évolue, grandie, se déforme. Il y ajoute des sonorités dissonantes comme implicite de la nature du « 8ème passager ». La musique, elle, est fantasmée, chuchotée, lancinante puis attaque au cœur.

 
Le parallèle avec le Xénormophe, cet étranger coincé entre la forme de son ancien hôte (Kane interprété par le superbe John Hurt habitué à la SF de qualité) et son espèce à lui, est palpable. Car il est à noter que l’Alien (qui est le résultat d’une fécondation par facehugger) partage des traits communs avec son hôte. Il est une forme d’humanoïde dissonant. Lui aussi. 










La piste Parker & Lambert montre très bien ce « vivacité » de la musique de John Goldsmith. Les cordes accompagnées par les trompettes lourdes,  ces grognements…. 

L’esthétisme du film : 


Comme Ridley Scott le prouvera plus tard avec Blade Runner, le futur n’est pas utopique. Il est sale, inesthétique, la pluie polluée tombe éternelle, les machines ne marchent pas, les câbles jonchent les sols et les murs, les tuyaux sont apparents et suintants, les supers ordinateurs promis par la s-f propre sont réduits à des ordinateurs proche de nous (pour l’époque). Tout dans cet univers nous propose un futur à l’aspect crade, un futur que nous ne souhaitons pas. Et pourtant un futur beaucoup plus réaliste.  Ce « rétro-futurisme » fait partie intégrante du Nostromo, ce vaisseau sur lequel l’intrigue se joue. 




 Mais l’expression rétro-futurisme n’est pas lâchée à la légère car nous retrouvons, à la création des costumes, un certains Moebius. Si vous ne connaissez pas ce tout grande de la science-fiction (et de la bd) je vous demande, en toute amitié, de sauter sur ses œuvres. Tout de suite. 


Le choc esthétique, celui qui vous prend aux tripes, vous force à vous poser des questions, revient essentiellement à l’artiste Giger.  Sa conception d’une créature entre organisme et mécanique perd nos repères et ouvre des nouvelles  visions d’horreurs à nos esprits.  L’Alien en est bien sûr très représentatif, mais nous y reviendrons plus tard. Parlons surtout des décors.  Le Space Jockey (image-ci-dessous), éléments marquants de la série, nous montre et démontre, à lui seul, cet aspect organique/mécanique. Le cadavre et les os fusionnant avec la chaise de pilotage, les murs ornés de tuyaux ressemblant à des veines. Superbe.



La main de maître de Ridley Scott : 



L’histoire, plutôt simple si nous la résumons (des astronautes ramenant à leur insu dans leur vaisseau une créature externe qui va les massacrer un à un), devient entre les mains de Scott un crescendo de sensations, passant du merveilleux à une angoisse labyrinthique sombre et tenante. Il joue pour cela d’un effet de suspens intéressant, avec notamment l’attente dans la révélation de la créature, de ses dangers, de son comportement mais surtout de son aspect. Il prend son temps, nous laissant le nôtre pour déguster les plans superbes des vaisseaux, la vie des passagers, leurs relations complexes. Mais surtout il nous fait passé à travers un panel de sensation/ d’émotions totalement opposée, nous perdant encore plus dans les méandres ce nos peurs. On s’éblouit, on crie. Puis la créature se laisse deviner, peu à peu. Les effets sont ménagés, allant jusqu’à intégré la créature à un décor, comme une vision fugace de la fatalité qui va se jouer du personnage passant par là.

Les plans, superbes de Scott qui était au début de son apogée, ne sont pas les seules choses qui nous permettent de nous plonger cœurs, corps et âme dans ce voyage spatiale frôlant les enfers et leurs obscurités. L’une des principales qualités d’Alien est de construire un univers plus large que le film en lui-même. Comme Lovecraft, ou Tolkien dans un autre genre, s’amusait à donner de longues descriptions, des détails presque insignifiants à son lecteur pour nous faire entrer dans ce monde, pour nous faire croire à ce monde ; Ridley Scott joue de la même façon avec nous. Les références à la « compagnie » nommée Weyland-Yutani nous font croire à une pieuvre capitaliste, de même que ce Space Jockey éventré, laissé là, sans explications. Tout ceci nous fait croire, nous montre et démontre un univers externe au film. Un univers qui l’englobe et nous fait réfléchir.



Les personnages, points forts du film : 


Ellen Ripley : 




Lieutenant Ellen L. Ripley fut une bouffée d’air frais lors de la sortie en salle d’Alien. Car, si pour nous les femmes dîtes bad ass existent, il est à noter que Ripley fut la première de cette catégorie, renvoyant les scream-girls ( Jamie Lee Curtis dans Halloween par exemple, il s’agit d’une femme faible ne servant qu’à crier…) à la poubelle. Et tant mieux.
La personnalité de cette dame jouée par Sigourney Weaver  fait d’elle une battante, une femme forte ne se laissant pas marcher sur les pieds. Refusant des ordres directs de son Commandant, bravant le Xénomorphe. Ce personnage fut le premier à vouloir changer la dominance des rôles masculins. Elle fait partie des meilleurs personnages de SF jamais créé. Ce n’est pas (que) moi qui le dis : Elle arrive huitième dans le classement « Greatest Hero in American Cinema History » proposé par l’Institut de Cinéma Américain, et est première du classement des 100 plus grandes héroïnes cinématographiques. 
Le jeu de Sigourney, son charisme (je suis amoureux) y est pour beaucoup. Ses prestations furent saluées par les critiques, avec des nominations au Saturn Awards…. 
Mais le plus intéressant dans ce personnage d’Ellen Ripley est son opposition littérale (en premier lieu, si l’on oublie Alien Résurrection de Jeunet) avec son ennemi  intime : le Xénomorphe. 


Le Xénomorphe :


 La créature imaginée par Giger est superbe, horrifique mélange entre organisme vivant et mécanique.  C’est un prédateur. Mais ce terme n’est pas balancé ici par hasard. Car l’aspect sexuel de l’Alien n’est pas juste une extrapolation subjective, elle est voulue par Giger. Ses œuvres, mêlant positions lascives, pénétrations consenties –ou non-, proposes des images charnelles et décharnées d’un enfer pervers. Et la créature hantant  les couloirs du Nostromo nous le prouve. Encore une fois elle se trouve dans un flou entre la dichotomie homme/femme de notre civilisation. Ses armes, naturelles, sont composées d’une seconde mâchoire interne pénétrant (souvent) le crâne de ses victimes. Sa queue, longue et acérée, sert également à empaler. 



J’imagine que vous voyez où je veux en venir avec tout ce champs lexical sexuel. Le Xénomorphe est un prédateur sexuel, où tout du moins imaginé dans ce sens par Giger qui l’avoue bien volontiers.  L’opposition avec Ellen Ripley est encore renforcée.





Les thèmes :


Si Alien brille par son esthétisme, sa musique et son story-telling, il brille également par ses thèmes sous-jacents.


Le thème de la sexualité, comme introduit plus haut,  est un thème important de ce film. Le viol, avec le facehugger s’accrochant au visage de sa victime, pénétrant de force l’œsophage et y pondant, la queue du Xénomorphe qui, comme nous le laisse deviner le montage, pénètre Lambert après s’être lentement dressée devant elle. Il est également important de noter que si les hommes de l’équipage sont assassinés rapidement, les femmes elles sont la cible du jeu de l’Alien. La poursuite et la confrontation entre Ripley et lui en est un parfait exemple.  Notons également deux lorsque Ripley se retrouve seule, se pensant sauvée, à défaut, elle révèle enfin sa féminité (cachée tout au long du film par un uniforme de la compagnie) en se mettant en sous-vêtements. Sans savoir que l’Alien est là, terré dans l’obscurité la dévorant du regard. Sa seconde mâchoire s’étirant dans une érection explicite, le tout couvert de grognements. Ripley, pour se défendre, aura d’abord le réflexe de se recouvrir puis d’agir. 


Mais les thèmes sexuels ne sont pas centrés uniquement sur le viol, ou la violence sexuelle, non. Nous pouvons également trouver, dans la scène d’ouverture du film le sous-thème de la naissance. La chambre de « sommeil l », nommée par le Réalisateur lui-même « womb » (qui signifie utérus dans notre langue), nous montre une seconde naissance. Le personnage joué par John Hurt, se réveille lentement, ouvrant les yeux après plusieurs secondes. 

Le thème de la naissance se retrouve également dans la scène du chestburster (« l’éclateur de poitrine », il s’agit de l’Alien forme « bébé », le résultat de l’implantation par le facehugger) qui, si l’on suit les idées de Freud, se trouvent être la peur intime et infantile concernant l’accouchement. Une mauvaise et terrible idée de la fécondation par l’enfant, celle de la fécondation par la bouche. Le vaisseau Nostromo possède un ordinateur portant le nom de "Mother". Soulignons également que la « mère » accouchant se trouve être John Hurt. 


Un autre thème, lui, se trouve implanté dans tout cela. Le Xénomorphe n’est pas la seule créature avalant goulûment l’équipage. Il y en a une autre, créée par l’homme lui-même. Le Capitalisme.  Si l’on suit les dialogues et les personnages de Parker et Brett, tous deux mécaniciens et… vivants aux étages inférieurs du Nostromo, ils sont sous-payés, travaillent trop. L’ordre, donné directement à Ash par la Weyland-Yutani, disant de ramener la créature à la compagnie et précisant que  la survie de l’équipage est superflue, montre explicitement ce dilemme du capitalisme : manger le peuple pour gagner en capital. 





Conclusion : 





Sous ses aspects de slasher movies, Alien se trouve être une perle rare de la science-fiction. L’esthétisme, le futur sale, le « biomécanisme » de Giger en font une œuvre à part visuellement. L’atmosphère viscérale renforcée par les sous-thèmes vus plus haut et la musique de Jerry Goldsmith en font une expérience de spectateurs à part entière. Il date de 1979, pourtant peu de film on réussit à s’élever à son niveau. 
Un chef d’œuvre artistique, d’ambiance, de qualité de plan et d’image. Son rang de film culte n’est pas démérité. 
Merci  Ridley Scott, Giger, Goldsmith, Moebius. 
Dans l’espace, personne ne vous entends crier.  Mais applaudir, sans doute.