lundi 18 mai 2015

Mad Max: Fury Road

Mad Max : Fury Road
Ou la promenade dans l’apocalypse folle.




            Il y a des films, parfois, qui vous font languir. Longtemps. Peut être parce que vous êtes fan du superbe Mad Max 1, qui flirtait sur le revenge movie. Ou alors que vous êtes amoureux du tout aussi beau Mad Max 2 qui lui dessinait un « Wasteland » et un univers particulier. Si particulier, si original, si fou qu’il a influencé les décennies suivantes. Les esprits aussi. Fallout, Borderlands… Ou alors parce que vous avez découvert, pop corn à la main, la bande-annonce dantesque. Presque par hasard. 
            Et ce film est de celui-là. Je l’ai attendu. Et je ne suis pas déçu. 



Résumé: Ancien policier de la route, Max Rockatansky (Tom Hardy) erre désormais seul au volant de son bolide (une Ford Falcon XB 351) dans un monde dévasté où les clans de cannibales, les sectes et les gangs de motards s'affrontent dans des déserts sans fin pour l'essence et l'eau. L'un de ces clans est aux ordres de « Immortan Joe » (Hugh Keays-Byrne), un ancien militaire devenu leader tyrannique1. L'une de ses plus fidèles partisanes, l'impératrice Furiosa (Charlize Theron), le trahit et s'enfuit avec un bien d'une importance capitale pour le chef de guerre : ses « épouses », un groupe de jeunes femmes lui servant d'esclaves et de « ventres ».Immortan Joe se lance à la poursuite de Furiosa avec toute son armée motorisée à travers le désert. Max est embarqué malgré lui dans cette traque délirante, ayant été capturé et enchaîné à l'avant du véhicule de Nux (Nicholas Hoult). Il n'a pas le choix s'il veut survivre à cet enfer : il devra s'associer avec Furiosa...



Un univers intelligent :


                Georges Miller, papa des Mad Max originaux, revient à son premier amour et univers chéri. Cet univers sale, aride et désertique où la vie n’est presque plus. Ou les cicatrices d’un holocauste nucléaire sont encore fraiches. Là où le sable s’engouffre partout. Et où la santé mentale des hommes n’existe plus. Car seuls les fous, et les malchanceux survivent, ici. Pas de place pour l’humanité. Plus de place pour la paix. Retour à la nature primitive de l’homme… 



                L’un des points forts de ce film, c’est ça : ce Wasteland. C’est malsain (des personnes déformées par les radiations, des cannibales…) et bestial. Mais par-dessus tout : sublime. La photographie du film, la manière dans le réalisateur filme le désert infini, ce petit vent soulevant ce sable immortel. L’esthétique des véhicules, cohérent et réaliste, basé sur de la récupération et du « too much » sonnant comme un autel à la gloire des véhicules mécaniques… seuls rescapés de notre civilisation.  Le mot autel n’est d’ailleurs pas lâché ici par hasard. Le hasard n’existe pas. Nous retrouvons un culte religieux, où les volants servent tels des « crucifix ».


             
   Mais par delà cet esthétique, nous assistons à des sous-thèmes et des propos réflexifs prenant. Le réalisateur a même le respect, rare tant les films prennent l’auditoire pour des débiles, d’en faire des esquisses et laisser à nous, spectateurs, le soin de les continuer au gré de nos plumes et imaginations. Par exemple :

 - La réduction de l’Humanité à son rang d’animal pur et dur : Mad Max et sa muselière (quasi muet dans les trente premières minutes du film), les femmes « laitières » ; « les porteuses »… Un recul significatif et un parallèle intéressant avec les animaux et leurs conditions actuelles : une vache laitière que l’on oblige « enfanté » pour la traire…. 

- Le rôle de la femme dans une société patriarcale.

- Le rapport à la nature…

- Et bien d’autres…. 


Des personnages prenants :


                Autre point clé, et très bon point du film, se trouve être les personnages eux-mêmes. Des seconds rôles marquants (tel que le guitariste aveugle, qui fait de l’ombre à pas mal de gars) donnant du crédit à ce post-apo. Mais surtout des premiers rôles au top.


Mad Max:



               Joué par Tom Hardy, il possède la qualité de ne pas trop en faire. Et surtout, surtout, de ne pas trop être « brillant ». A comprendre, volant le regard du spectateur. Il est simple, marqué par son passé certes, mais perdu tout comme nous au centre d’un univers trop grand et sale pour lui. L’auditoire peut, donc, se retrouver en lui. Habile de la gâchette, avare en parole… mais jamais en classe. 






Immortan Joe





                    L’antagoniste de ce nouvel opus se trouve être un « gourou », un tyran possédant des réserves d’eau, dépouillant son peuple… et vivant dans la luxure la plus complète. Il est surtout le « Dieu » du culte de l’Immortan : un culte tribal, violent, ressemblant un peu aux vikings avec la notion de mort au combat et de Valhalla.
                Le costume de ce personnage est absolument prenant, ne laissant à l’acteur que l’expression de sa voix et l’intensité de son regard… et quel regard.
Charismatique. Tyrannique. Violent. 





Imperator Furiosa



              


                LE personnage de ce film. Tellement classe, prenant, charismatique, qu’elle vient frôler Ellen Ripley et concurrencer Starbuck de Battlestar Galactica dans mon top « femme badass et classe ». Charlize Theron fait un super travail dans ce rôle d’une femme décidé à tenter le tout pour le tout, quitte à défier toute la « Fury Road » qui la sépare de la « terre verte » qu’elle espère trouver.
               Un personnage de femme forte, dont le passé est seulement frôlé dans une conversation, mais qui peut se lire dans son regard où l’on devine ce qu’elle a traversé.




Conclusion : Un film qui m’a foutu une claque, un coup de poing dans les côtes tout en me laissant un sourire aux lèvres. Géant.
L’univers, l’esthétique, la photographie, mais surtout l’intelligence  derrière cette ribambelle d’action (fort bien réalisée) font de cette œuvre une pièce majeure de la post-apo. Dans le genre de film à la Starship Troopers, où l’on peut prendre du plaisir en mangeant du pop-corn devant ou bien en réfléchissants autour d’une bière avec des potes sur ses propos intéressants. 
Une réussite. Que je m’en irais voir encore.



Note: 18/20« What a lovely day »….

                

mercredi 6 mai 2015

Control, Biopic de Ian Curtis


Par Anton Corbjin, 2007

                              

                             
Ce film, réalisé en 2007 par Anton Corbjin (artiste photographe connu pour ses travaux avec Depeche Mode par exemple) est arrivé par surprise devant mes yeux marrons. Je naviguais sur mon Netflix, cherchant à occuper mon  esprit fatigué et l’empêcher de trop penser. Puis je suis tombé dessus. Et la fatigue disparue. Et les pensées et leurs flots incessants arrivèrent. Pendant deux belles heures je découvris ce poète maudit qu’est Ian Curtis, et je compris, enfin, pourquoi Joy Division m’avait toujours attiré. Voici donc le biopic de Ian Curtis, l’homme hanté à la voix qui l’était tout autant. 

Joy Division, c'était ça les enfants.






                       

Résumé :


               Le film relate la vie du jeune et énigmatique chanteur, qui fut à l'origine d'un nouveau genre musical, hors de la scène punk britannique des années 1970, et du groupe Joy Division, dont il sera la figure emblématique de 1977 à 1980. Il traite également de son mariage précoce et de sa vie extra-conjugale, mais aussi de ses crises d'épilepsie de plus en plus fréquentes, qui, selon le film, ont contribué aux circonstances qui le pousseront au suicide, la veille de la tournée du groupe aux États-Unis.




Chronique :



               L’œuvre cinématographique est principalement basée sur le « mémoire » de la veuve de Ian Curtis, Deborah, nommée « Touching from a distance. ». Si il traite, et se concentre sur la vie du chanteur et ses problèmes de triangle amoureux composée d’une femme qu’il ne comprend plus et d’une groupie comblant ses sphères artistiques (ceci n’est pas une blague scabreuse, ils s’échangeaient des vinyles). Le film à surtout l’intelligence de souligné le spleen cher au chanteur.
               La photographie, de qualité remarquons le, a le bon goût de faire dans le noir et blanc. Mais derrière ce bon goût, il y a surtout une réelle volonté de dépeindre cette époque à travers le prisme de ce spleen : les villes de provinces où les petits boulot s’enchainent, où la pluie sale tombe, où le chanteur marche la clope au bec et sac sur le dos en quête d’un toit. Superbe. Elle nous laisse une impression de beauté tout en nous rappelant le drame interne qui se joue : celui d’un homme perdu, malade et fatigué de ne pouvoir réussir à allier deux sphères différentes ( sa vie normale avec sa femme, et celle d’artiste)., se sentant ainsi déchiré comme le montre un superbe plan d’un poteau électrique usé tiré de toute part par des câbles.




       
                 Malgré ce spleen apparent, et cette amertume présente, le film ne fait pas dans le drame, dans le pathos pur. Non, et heureusement. J’en aurais été le premier dégouté. Car pleurer pour pleurer ne rime à rien, ressentir et réfléchir c’est mieux. Le film nous montre donc l’évolution d’un gamin, que nous découvrons dans la première scène marchant dans la rue avec son dernier vinyle sous le bras,  passionné par l’art. Les premières minutes nous le décrivent comme un être proche de ses sensations et sentiments, comme un ado’ fumant clope sur clope en écoutant du Bowie (en se maquillant comme lui). Il rencontre Deborah, alors la copine d’un de ses potes, et la lui vole. Puis crée « The Warsaw » qui deviendra, par la suite, Joy Division. Puis, la renommée arrive et, avec elle, les désillusions. Personne ne semble le comprendre. Personne ne semble voir à quel point il se donne sur scène et ce qui lui en coûte, toujours proche d’une prochaine et nouvelle crise d’épilepsie. Lui qui cherchait le contrôle, en sachant qu’il ne l’aurait jamais.
        Le thème du « control », finalement explicite grâce au titre faisant référence , est impressionnant de justesse tant le personnage de Ian Curtis semble maudit, tragique. Sa maladie l’affaiblit, le prend, le jette au sol, le laisse là, las. Sans rien demander. Sans prévenir. Mais le contrôle peut également faire référence a cette dualité qu’était sa vie, comme dit plus haut.



               La grosse claque du film se trouve dans la performance de l’acteur incarnant Ian Curtis : Sam Riley. Sa prestation, réaliste et sans écart ni too-much, est dans un tel mimétisme scénique de Ian Curtis, qu’il est assez difficile de les dissocier. L’acteur, également musicien, se prête, comme avec ses camarades, au jeu du live avec Brio. Renvoyant la même énergie ,le même chaos que le groupe originel et original. Mais plus que les lives, il dépeint une intelligence, un spleen et une désillusion.  A tel point que la scène finale, où Ian se suicide dans la cuisine, en devient belle. Triste, mais sublime.
Pour comparer les deux prestations scéniques, les deux représentants le live à la BBC sur la chanson « Transmission ».



      L'originale

    La prestation du film, superbe de mimétisme dans cette perte de contrôle et cette souffrance de chanter.

Note : 20/20


Une claque cinématographique qui m’a acculé dans mon coin. Du pathos, de la réflexion, des émotions et surtout un joli témoignage de la vie d’un poète maudit mort trop tôt mais dont la vie, sans contrôle, semblait ne plus pouvoir continuer.
Joy Division sonne différemment, depuis. Mais quelle sonorité…

lundi 4 mai 2015

Oap Tao



La Saga d’Oap Tao par Jean Marc-Ligny




                                                        



                La science-fiction est un terrier où se cachent de nombreuses bestioles en mal d’amour et de reconnaissance. Parmi elles, et toutes ces œuvres qui méritent votre coup d’œil, se trouve cette œuvre : « La Saga d’Oap Tao » aux éditions Actu-Sf.


Résumé: 

Oap Täo, baroudeur de l’espace, va de mission en mission avec son vaisseau spatial, transportant des cargaisons pas toujours légales, se frottant aux autorités et se mettant dans des situations périlleuses. Personnage haut en couleur, plein d’un bagout délicieux, il revient entre deux voyages se poser quelques jours dans un bar de sa connaissance, perdu au fin fond de l’espace. Là l’attendent à sa grande surprise deux étudiants qui veulent faire un mémoire sur lui. L’âge avançant, il accepte de leur raconter son histoire.

Chronique:


          Ce résumé, simple en apparence, laisse place à dés la première page à un monde vaste, cohérent et des personnages marquants. Car, ce qui marche ici, c’est bien l’univers. Il est sale, essoufflé. Triste. Réaliste. Les « décors », les planètes visités (dont la Terre qui est une prison/décharge laissée pour compte) sont décrits avec efficacité. Et sont assez diversifiés pour que l’impression de voyage nous tombe dessus. Une notion essentielle à un space opera qui se respecte. L’auteur évite cependant la peinture spleenesque d’un futur lointain. Non. Il use d’humour, de traits d’esprits… mais aussi d’intelligence.
             Le roman est, sans surprise aucune, rempli de thème et peintures réflexives. Car une œuvre, même divertissante, même populaire, sert à notre cervelle avide. Celle-ci ne nous fait pas mentir. Derrière l’aventure d’un baroudeur racontant son histoire en sirotant son alcool, se trouve le portrait sale et intéressant d’un univers. L’auteur utilise notamment ce qu’il nomme la « Fleur », une drogue extraite par (… lisez ce bouquin, vraiment…)… donnant l’un des plus beaux trips du monde : l’élévation spirituelle permettant d’accéder à la connaissance universelle. De l’effleurer du moins, du bout des doigts… avant de redescendre sur ce sol trop dur. Le corps fatigué et corrompu par la toxine. Il y a une opposition directe entre l’esprit et le corps. Une conception somme toute assez philosophique de l’humain, coincé entre la dualité de ses deux formes et deux « moi ».
    Mais d’autres thèmes se cachent entre les pages. Jean Mar Ligny a le bon goût, d’ailleurs remarquable, de nous dessiner une esquisse de réflexion et de nous en laisser la conclusion. Il parle ainsi du thème, sempiternel mais toujours superbe, des « droïdes » et notamment de leur ressemblance avec leurs créateurs tant au niveau moral qu’émotionnel.
Le dernier thème, la dernière peinture que l’auteur se plait à colorier, est celui de l’écologie. Notamment visible avec cette Terre dévastée, retournée à un temps ancien. Mais également par la planète que découvre Oap en quête de « Fleur », et de réponse, où la vie est au diapason avec sa flore. Nous renvoyant, nous autres bourreaux de la nature, dans notre coin.
    

                Le personnage d’Oap Tao, touche-à-tout ayant le don pour survivre quand d’autres meurt, est dans cette gamme également. Un réel aventurier mais ayant une petite note de tragédie appréciable. Je parle bien sûr du « tragique » au sens Grec du terme. Le héros, l’anti-héro, est bercé par les vagues de forces plus grandes que lui. Des divinités ? Une race extraterrestre mythique et intouchable en avance sur tout ? Et cette Bérénice, lui parlant dans ses songes et sa vie. Cette beauté aux yeux où il aimerait se noyer….


                La Saga d’Oap Tao est une réussite. Nous avons affaire à  un roman intelligent, divertissant et qui n’a pas peur d’aller là où il le veut. Nous l’accompagnons, d’ailleurs, sans broncher et avec un sourire non-dissimulé.


Note:  17/20
Car c'est une de mes petites claques de ma saison littéraire.