lundi 13 juillet 2015

It Follows: enfin un bon film d'horreur !




               




              Les films d’horreur ou d’angoisse n'ont plus de secret pour moi. Peut-être parce que, pendant une enfance pas assez longue, je me suis amusé à me faire peur et à nourrir mes cauchemars de créatures étranges et tendres. Sans doute même. De cette expérience me vient un goût pour ce genre qui, malgré le mauvais regard qu’on lui porte, amène parfois à de petites perles.
                Et It Follows n’en est pas une… non. Ce n’est pas une petite perle nacrée que l’on offre comme cela.  C’est un diamant brut, superbe, dur et rêche. Psychologique, prenant aux tripes et angoissant. Pour la première fois, depuis très longtemps, j’ai frémis. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis rappeler de pourquoi ce genre de film est sublime.
Regardez derrière vous, elle vous suit….






Résumé :

               
Après un rapport sexuel d’apparence anodin, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et l'impression que quelqu’un ou quelque chose la suit. Peu à peu la menace se fait de plus en plus présente. Proche. Et si elle la touche, c’en est fini.

                 It Follows frappe fort mais en faisant preuve d’une douceur et d’un calme étrange. Le morbide avance lentement, sa menace également. Une sorte de terreur paisible qui ne nous lâche pas car toujours présente. Vraiment. La réalisation, superbe du réalisateur, tend vers cette forme et cette intention. Les mouvements de caméra sont sobres, le « it » est souvent dans le lointain et flous, le jeu de lumière et d’ombre est maitrisé. L’esthétisme intemporel, sale, réaliste. La musique qui nous plonge dans une atmosphère de stress. Et nous, avec nos yeux curieux et angoissés, on avale tout cela. Le sourire aux lèvres et le cœur prêt à chaque sursaut. Le film est tellement prenant que l’on se surprend à guetter les arrières plans, cherchant une présence qui semble inéluctable.




                                               


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Une horreur commune et réelle:

                 Par instant le film peut nous rappeler l’horreur d’un John Carpenter qui plaçait habilement ses pions et menait  le spectateur dans les méandres d’une angoisse proche de lui : celles des hommes, celles qui se cachent parmi le voisin, juste à côté de nous sans que nous puissions le savoir. Invisible. Présente. Discrète. Ce frisson qui remonte le long de votre échine, sans aucune raison: c'est ça.
                Ici, l’horreur prend place dans une banlieue américaine sobre,  style moyenne classe et isolée. Les maisons se font face, se ressemblent. Une bulle de dortoir et de famille en somme. Chaque voisin se regarde sans se voir. On surprend la vie d’un jeune homme habitant en face, sans que nous ne le connaissions. Une sensation de réalisme transpire de la pellicule. Celle que l'on dans notre propre bulle qui, elle, n'est pas fictionnelle. L’une des autres qualités du film se trouve dans la retranscription des adolescents qui sont proches de nous comme nous sommes proches d’eux. Parce qu'ils ont quelque chose que j'ai connu personnellement: cette stagnation entre deux eaux. Entre l'avenir et l'enfance. Une peur sous forme de je m'en foutisme bien calée dans un cervelet déjà usé. Bref, ces adolescents puent la réalité.






                      Jay en est le parfait exemple lorsque, baignant dans sa piscine et fixant un ciel qui n’en a rien à foutre d’elle, elle se laisse flotter à la surface, enfouissant la moitié de son visage dans l’eau. Elle attend. Se laisse vivre. L'avenir n'est rien d'autre que le jour d'après. Tout simplement. La piste de la soundtrack portant son nom est d’ailleurs très significative : elle est aérée presque joviale et côtoie des notes graves nous rappelant parfois à la dure réalité.  Elle rappelle aussi, par les accords tenus, une certaine faculté à rêver avec l’ajout d’une reverb bien sentie. Le son presque 16 bits, que j’adore, est parfait dans ce parallèle fait entre son statut d'adolescente et de jeune femme.                                       



               

Le réalisateur a également la superbe idée de placer son récit et son horreur dans une temporalité que nous ne pouvons définir. L’ambiance 80’s, la musique proche des jeux-vidéos 16bits, les voitures… tout cela marche main dans la main avec des « liseuses » modernes par exemple. Sans repère, sans confort temporel, le visionnage s’en fait d’autant plus superbe. Car, cher lecteur ou lectrice , placer un repère dans le temps nous permet de nous rassurer sur la distance de l’angoisse ou au minimum de ne pas être perdu. Sans cela, nous subissons. Et It Follows nous prend, nous domine avec joie et brio.

Le réalisme de l’horreur provient également d’un des thèmes principaux du film, qui est primordial et assez symbolique:  le sexe et la malédiction qu’il apporte. En effet Jay, désabusée par la vie où n’en attendant rien de plus, se retrouve « contaminée » et suivie par une entité maléfique avançant lentement vers elle à la suite d'une expérience sexuelle sans lendemain.  De plus en plus proche.  Infatigable. Le symbolisme est dés lors évident pour toute personne un peu concerné par le visionnage d’un film. Il s’agit bien sûr du sida. La peur du sexe que l'on nous instaure dès notre plus jeune âge. Celle de l'angoisse de la première fois, du premier baiser, de l’erreur marquant toute une vie. Sous le nom d'une maladie ou d'un petit "Steven" de trois mois à peine. Un mal du siècle qui nous suit, sans nous lâcher, jusqu'à créer des névroses chez certains. Et une fois atteint la maladie nous suit, nous prenant lentement. Se rapprochant jusqu’à nous pour prendre notre vie…
Je suis sûr qu'il a plusieurs interprétation à cette thématique et tous les symboles qu'elle porte avec elle. N'hésitez pas à me contredire.




               

Superbe de symbolisme mais surtout de réussite. Car, là, ce n’est pas qu’une simple bonne idée ou un super postulat de départ. Le réalisateur réussi totalement ce qu’il entreprend : créer de l’angoisse dans une ambiance quasi onirique.

L’onirisme:


              

Je trouve à ce film une certaine poésie. Un spleen Baudelairien coincé dans des banlieues prolétaires, dans des lycées, des rues, des parcs que nous avons déjà arpentés dans nos vies à nous. Le même ennui, le même avenir, le même flou. Oui nous, ces ados ou anciens ados cherchant à comprendre le monde. Un rêve, cauchemar, perpétuel, lent, étrange qui fait partie de nos vies.

La musique, qui est absolument remarquable et qui sort des sentiers établis par ces films d’horreur interchangeable qui pullulent au cinéma, permet cette sensation de rêve, de fatalité et de poésie sombre. Elle nous prend les tripes et le reste avec. Je l'avoue: pour moi, elle est dans le top des OST de film horrifique que j’ai entendu depuis toute ma vie en fait. Et je suis fan d’Alien … voyez. Elle rejoint le propos du film dans ce calme apparent, dans cette menace omniprésente mais discrète. Un outil mais également un acteur important du film. L’un des plus beaux exemple se trouve dans la piste : « Compagny ». La tonalité grave, les percus et soudain…. De nulle part… la dissonance, la présence....


 

Conclusion :

                Je reste amoureux de ce film malgré le recul que je me suis forcé à avoir  en attendant quelques semaines pour cette critique. Il s’agit, à mes yeux de cinéphile, d’un film porté avec maestria et réalisé avec une poésie personnelle et prenante. L’esthétisme réaliste et sale, le postulat de départ, le jeu des arrières plans, du flou. Mais surtout la thématique de l’adolescence et du sexe. De la peur que nous avons tous de cette malédiction. De cette mort qui rôde.
                Tout simplement le meilleur film d’horreur que j’ai vu depuis…. Depuis bien trop longtemps. A l'opposé des courses au gore idiot, des twists et autres tortures: une horreur intimiste et un rêve à l'écho quotidien.







1 commentaire:

  1. Mais ouaiiis (commentaire d'une utilité deconcertante !)
    Je veux le voir Tmtc ;)

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