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La longue vie d'un auteur débutant


Il est drôle de voir que j'aime écrire. Pour plusieurs raisons qui, avec du recul et le cynisme que la vie m'a forcé à avaler, me ferait rire si la vérité ne se cachait pas derrière à gratter la fine surface du calme de mon esprit. C'est drôle, comme la fatalité l'est. Parce qu'enfant, je ne parlais pas. Incapable d'aligner des mots, des sons, je ne parlais pas. Un enfant perdu, troublé. Orthophonie et autres cacophonies d'apprentissage. Mais l'humour se cache aussi ailleurs :  Parce que mon rapport à l'écriture même, à ces formes que l'on aligne sur des feuilles à carreaux ou non à toujours été une relation masochiste beaucoup plus funky que les films aux nuances grises et quantifiables.  Parce que j'écris mal. Moche.

Comprenez-moi, j'écris mal. Je ne parle pas de ma sémantique, encore moins de la rythmique que je mets dans mes phrases souvent, je l'avoue, entrecoupées par abus, ou sadisme de frustrer un lecteur, par des virgules bien trop présentes comme des croches me permettant d'aérer/d'alourdir ainsi que de jouer sur la mélodie d'une phrase. Quand je dis que j'écris mal, je vous parle d'écriture manuscrite. Bon sang que mes lettres difformes qui s'entrelacent maladroitement sont laides. Maladroite, douloureuse et courbée. Tout comme mon poignet gauche qui me fait souffrir à chaque fois que j'écris trop longtemps. Symptôme d'une frustration d'écriture limpide. Résultat de ces récrés passées à regarder la cour par la fenêtre et à copier des lignes, encore et encore, pour dessiner le parfait "a". J'étais seul dans cette salle informatique où Windows vivait ses débuts et moi, les miens. J'ai obéi, persuadé de faire quelque chose de mal au vu du regard inquiet de "Cathy". L'assistante. Elle qui était alarmée par mon écriture.
Et aujourd'hui, c'est toujours ainsi. Tant pis, tant mieux. Je l'aime mon écriture, aussi maladroite et humaine est-elle. On pourrait y analyser ma vie et tous mes problèmes. Et en écrire deux trois bouquins aussi.

Mais vous savez quoi ? On s'en fout. Non vraiment. Parce qu'ici, je ne vous parle pas de l'écriture manuscrite. Je vous parle de l'écriture en elle-même: l'acte de créer et d'imaginer par le fait d'écrire. C'est joli, on dirait un skyblog. Oui, comme le contenu intégral de cet article. Je sais.


Et pour imaginer, créer, j'ai toujours été là. Trop de pensée, trop d'imagination, trop bizarre aussi. Et je m'en excuserai jamais assez pour cela. Sentiment de culpabilité profonde pour avoir compris trop tard pourquoi on me regardait parfois avec "ces" yeux. Mais j'ai écris, en primaire lorsqu'on demandait aux enfants des écritures inventives. Sur des dauphins avec des lasers sur le crâne. J'ai fait les devoirs que l'on me tendait tout en me perdant dans les méandres d'une imagination déjà bien remplies d'œuvres culturelles apportées par une mère superbe de culture dont je suis le résultat à demi-digéré. Je ne serais jamais à sa hauteur ni de sa modestie. Triste.
Les écrits dont je me souviens le plus ont eu lieu au collège. Parce que l'écriture m'y est certes apparue comme une échappatoire mais, surtout parce que c'était clair et net: je voulais écrire. Ce qui n'était au début qu'un passe-temps pour lutter contre les heures d'études futiles est ensuite devenu une passion.
Cela m'est apparu par un exercice idiot: une rédaction sur ce que vous-voulez devenir dans 20 ans ?
Facile comme question ? Pas à mes yeux. Je me concentre sur le passé, regardant mes pieds,
les mains dans les poches. Alors levez le menton, imaginez. Pourtant, je me souviens avoir écrit d'une traite ce texte:




Le protagoniste avale un café serré, pousse un soupir, relève les yeux sur son bureau. Des photos, des marques de vie et tout leurs implicites. Il détourne la tête et fixe la bibliothèque où trône des livres de la main d'un auteur: Belford Scott.



En résumé, c'était ça. Une œuvre projetée qui souligne, on peut le voir, un certains narcissisme. Mais je n'irais pas analyser ça plus loin, vous savez pourquoi ? Parce qu'il faut parfois être son propre garde-fou. Mais c'était une vision claire de ce que je souhaitais: voir les images dans mon crâne, toutes ces narrations et ces mondes, posés sur papier et racontés. Etre acteur des histoires qui se jouaient et se jouent dans mon imagination. Je veux un support pour ces chimères qui méritent la réalité. Pour toutes ces pensées dont la finalité correspond à leur existence même: le papier.
Un autre des épisodes qui m'a marqué se déroule la même année, je crois. Une écriture inventive sur l'histoire de votre choix. Armé d'une feuille à grand carreaux et d'un stylo bic, je noircis les lignes et accouchent dans la douleur d'un poignet gauche d'une histoire:


Celle d'un enfant explorant un manoir hanté et qui trouve un ami dans le fantôme du coin. C'est mal écrit, sans doute. Mais j'en été fier. J'ai attendu l'avis de ma prof comme la sainte validation d'un futur que j'entrevoyais. Et le résultat me marqua. Pas en bien. Non. Je revois encore ma fin, là où le narrateur s'adresse contre le 4ème mur avant d'être tué par son ami fantôme.... je revois encore la longue fin écrite pas ma professeur de français, corrigeant jusqu'à ma fin. Jusqu'à mon imagination.
Et ce moment me hante encore. Tout simplement parce que je ne comprends pas que l'on puisse changé la fin d'un enfant qui écrit. Encore moins son imaginaire. La liberté de la page, c'est aussi ça.


La 4ème m'offrit un petit challenge: celui d'un concours de nouvelle horrifique. Une aubaine pour moi, ce gamin nourri aux films d'horreurs et à la vision d'une mère bravant les aliens sur Sega Saturn. Et j'ai gagné ce concours. J'étais fier. Ravi. Parce qu'une œuvre littéraire et culturelle n'existe que par une relation symbiotique entre deux entités: l'auteur et le lecteur. Et là encore une phrase assassine de la part d'un corps enseignant à l'implicite mortel: "Il fallait voir ce qu'il y avait en face...".
C'est une claque. Parce qu'elle m'a replacé au fond: si j'avais gagné ce n'était pas parce que j'étais "bon" mais parce que le reste n'était pas "bien".
Et cela a implanté en moi une idée horrible: le syndrome de l'imposteur. Celui que je tiens encore dans mes bras comme mon doudou infernal et mauvais. Mon Chucky mémoriel.
Depuis, j'ai écris pas mal: ma plume à bourlingué de romans, nouvelles à novellas. De poèmes en chansons. Et je suis fier de moi. J'essaie en tout cas. C'est dur.
Mais la passion, c'est aussi ça.








Conclusion: Il est important de notifier qu'une réelle autobiographie n'existe pas. Tout simplement parce que l'écrire, c'est la romancer. Parce que choisir tel ou tel terme c'est la modeler, la corrompre, choisir une version plutôt qu'une autre. Mais je suis tout de même content de ce que vous avez lu. Car la vérité s'y trouve. Et parce que j'aimerais qu'elle pousse d'autres à en écrire une.
Tous à vos plumes. Tous à vos autobiographies d'auteur.



Commentaires

  1. Je ne sais pas démêler réalité et fiction de ce texte mais c'est intéressant tout ça :)

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