samedi 1 juillet 2017

Black Messie: Florence et Féminisme







Couverture -superbe- de Black Messie


Il y a des livres que l’on lit et que l’on repose sans jamais y repensé. Ce dernier prend la poussière dans l’esprit et dans la bibliothèque, au point que l’on se demande ce qu’il fait ici. MAIS. CE LIVRE. N’EST PAS DE CELUI-CI. Oh non. Genre, pas du tout. J’ai lu ce livre il y a un an, voir plus et j’y repense tous les jours. Chaque jour, des bribes de textes et thématiques sautent dans les jointures fatiguées de mon esprit qui l’est tout autant. Parce que c’est une perle mais surtout un roman qui pousse plus loin que le simple polar : un véritable hymne au féminisme et un pavé pasolinien contre l’Italie. Et les hommes.



(Une problématique me reste dans la gorge tandis que j’écris ces lignes. L’empirisme. Je suis féministe. Un allié. Et je ne souhaite pas parler à la place d’autres parce que je crois en l’empirisme, au fait que l’expérience prime sur la théorie. Ma voix ne remplacera jamais la sienne. Néanmoins, je n’ai pas vu d’avis ou de critique sur ce texte dans mon entourage blogueur/Ytbeur et j’en suis triste. Parce qu’il mérite le coup d’oeil. Pourquoi ? Calme-toi, laisse moi encore noircir les pages de mon blog.)


Voici le synopsis :

Dans les douces collines de Toscane, le Monstre de Florence a sauvagement assassiné sept jeunes couples entre 1968 et 1985. En attendant un énième procès et le silence a recouvert toute l’histoire... Jusqu’au jour où filles et garçons recommencent à tomber, fauchés par un serial killer étrangement semblable à celui d’autrefois. Le Monstre est-il revenu ? A-t-on commis une erreur à l’époque ?
Le capitaine des carabiniers Jacopo D’Orto mène l’enquête. Proche de la retraite, il n’a plus rien à perdre. Dans une course contre la montre, il fouille la fosse où la boue des mystères italiens s’est amassée. Depuis la Renaissance, le mal refait régulièrement surface dans ce pays qui semble béni des Dieux. L’Italie actuelle paraît pourtant purifiée de ses secrets… mais si, derrière les apparences, il n’y avait que chaos, violence et guerres de pouvoir ?




Un polar mais pas que !


Et quel horrible synopsis : il dépeint le livre comme une énième enquête policière sur la piste d’un tueur en série. Alors que, pas du tout. Ici, la peinture, la seule la vraie, se trouve être celle de Florence et, à travers elle, l’Italie. La fresque oscille entre le beau et le sale dans une vérité si crue qu’elle en devient magnifique. Sa plume, belle et coupée par un rythme superbe et maîtrise, s’amuse et on le ressent. La poésie des scènes glauques, de ce tableau qu’elle dresse de l’obscurité humaine est fascinant. J’ai rarement vu une telle beauté dans l’horreur. Il mérite amplement le genre auquel il appartient : celle du roman noir. Noir dans l’esprit mais aussi dans l’ambiance qu’il possède. Un clair obscur d’une humanité perdue qui se fane simplement d’exister...


L’erreur serait de considérer ce roman simplement comme un thriller, un polar. Bien sûr il y a une intrigue concernant des meurtres, le roman frôle même l’ésotérisme caricatural de Brown dans un pied de nez superbe. Mais ce serait une erreur de se concentrer comme cela dessus. Simonetta Greggio est, à mes yeux, la nouvelle Pasolini. Lui, ce réalisateur italien défiant la mafia et l’hypocrisie italienne, de sa sexualité jusqu’à son humanité. Lui, le réalisateur de Salo : les 120 jours de Sodome, cette satire du fascisme italien mais, surtout, du fascisme mâle. Et Simonetta Greggio livre, ici, une critique acerbe de l’Italie mais aussi de l’Homme.




Un cri d'amour au féminisme futur


Elle souligne le patriarcat, la domination des hommes dans les structures sociales et sociétales de la civilisation, de ce système qu’ils contrôlent et dont ils abusent… Il n’est donc pas étonnant de voir ses personnages principaux masculins être des archétypes de structures sociales : Le professeur/ Le père et l’inspecteur/le père. Tous deux fruit d’une monde sexiste poussiéreux, tout deux perdu face à leur rapport à la femme et, surtout, à l’évolution de ces dernières (un point que l’on peut voir avec leurs filles notamment). Les pères sont risibles, à la traîne, violents comme les hommes savent l’être quand ils ne sont plus dans le contrôle et ne comprennent plus rien. Les personnages masculins sont risibles, égocentriques, humains et fragiles. Le portrait parfait d’une société patriarcale qui a déjà trop vécue et qui essouffle. Et par opposition, Simonetta dessine un cri d’amour au féminisme, au nouveau féminisme et à l’avenir de l’humanité qui s’établira, selon ses propres dires, par les femmes. « Le futur arrivera d’elles... »
A raison.







Des hommes ancrés, noyés, dans un système qui l’est tout autant. Et des femmes libres et fortes. L’opposition est si parfaite, si superbement écrite qu’elle en résonne dans les pensées. Simonetta Greggio, en ressuscitant la Bête de Florence (elle-même fruit de l’élitisme masculin italien, car le tueur provenait des hautes sphères de l’état…..) nous pose surtout un miroir sur l’homme dans notre société.
Un livre à lire, à partager. Et, qui, j’espère vous hantera comme il me hante encore.
Simonetta : Merci.